Sonia Rolley : “Un engrenage criminel est enclenché”
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Cet article est issu du numéro 112 de Philosophie magazine « À quoi tient l’autorité ? », en kiosque le 24 août 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Depuis septembre 2016, les habitants du Kasaï, province de la République démocratique du Congo, subissent les violences de la part de l’armée régulière. La journaliste Sonia Rolley explique comment d’anciens enfants soldats, une fois devenus adultes, massacrent à leur tour d’autres enfants.
Qu’avez-vous découvert en République démocratique du Congo (RDC) ?
Sonia Rolley : En novembre 2015, je me suis installée comme envoyée spéciale permanente de RFI à Kinshasa, où je suis restée jusqu’en mars 2017. Pour être honnête, je suis rentrée en France parce que deux experts de l’ONU se sont fait tuer le 12 mars et que j’ai découvert des éléments laissant supposer qu’un journaliste de Reuters et moi étions en fait visés. Au Kasaï, nous venions de découvrir neuf fosses. Et encore, nous n’avions inspecté que cinq kilomètres autour de la ville de Tshimbulu ! On allait repérer ces fosses tôt le matin, puis je menais des reportages plus classiques diffusés à l’antenne, qui me servaient de couverture. Les fosses sont creusées la nuit, mal faites ; personne ne se cache. Il y a des membres qui sortent parfois, des traces de sang, de matière blanche du cerveau sur les routes. Les villageois les repèrent à l’odeur ou encore à l’œil nu, parce que la terre est toujours déplacée de la même manière. L’une de ces fosses comptait quatorze puits.