Stratagème n°18. Feignez d'être vexé

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Cet article est issu du numéro 60 de Philosophie magazine « 60 - juin 2012 », en kiosque le 28 juin 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s'en servir

Il suffit de détourner l’un des arguments de votre adversaire en faisant mine d’y voir une attaque ad hominem. Supposons qu’il soutienne que l’abstention est dangereuse en démocratie parce qu’elle fait le jeu des partis antirépublicains. Prenez un air scandalisé et rétorquez : « Vous voulez dire que je suis un fasciste ou un stalinien parce qu’aux dernières élections, j’ai refusé de voter, compte tenu de la médiocrité des candidats. Vous me vexez profondément ! » Avec cette réponse offusquée, vous gagnerez des points précieux : vous troublerez votre adversaire qui, en dénonçant l’abstentionnisme, n’avait sans doute pas l’intention de vous accuser personnellement ; mais, surtout, vous attirerez la sympathie de l’auditoire parce qu’il y a de grandes chances pour que s’y trouvent des déçus de la politique qui, comme vous, ont au moins une fois boudé les urnes. En vous disant blessé, vous suggérez astucieusement que le propos de votre adversaire est aussi agressif pour les autres sans qu’ils aient à avouer pourquoi. À vrai dire, les partis extrêmes, par définition plus vindicatifs, n’hésitent pas à employer ce procédé de la vexation collective. Ainsi Marine Le Pen face aux attaques de Jean-Luc Mélenchon qui la traitait de « semi-démente » n’a pas manqué de répliquer : « En m’insultant, vous insultez des millions de Français et 40 % des ouvriers qui s’apprêtent à voter pour moi. »

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