Stratagème n°21. Pratiquez la logorrhée !

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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir 

Si votre adversaire vous paraît très habile, sachez transformer le dialogue en monologue. Prenez vite la parole et ne la lâchez pas. Votre interlocuteur devra alors vous interrompre pour avancer ses arguments. Belle occasion de lui reprocher son impolitesse. Autre avantage : en monopolisant la parole, vous créez un écart dans l’esprit de votre interlocuteur entre l’écoute obligée dont il doit faire preuve et ses propres arguments qu’il ne doit pas oublier au fur et à mesure que vous parlez. S’il s’accroche à ces derniers, il paraîtra peu attentif à ce que vous dites. Attaquez-le alors sur sa distraction. S’il est tout ouïe, embarquez-le dans votre argumentaire. Le flux de vos paroles aura probablement raison de ses meilleures idées en brouillant leur ordonnancement. Schopenhauer précise enfin que l’efficacité de ce stratagème (le 36e de son Art d’avoir toujours raison) repose sur le fait que, « habituellement, l’homme croit, s’il n’entend que des paroles, qu’il doit s’y trouver aussi matière à réflexion ». Rien d’étonnant donc à constater que les maîtres de rhétorique sont souvent des champions de la logorrhée. À tel point que pour assurer l’équilibre des débats démocratiques, les Grecs durent utiliser une clepsydre : contre les démagogues, il faut égaliser le temps de parole.

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