Stratagème n°3. Pratiquer la rupture de ton

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Cet article est issu du numéro 45 de Philosophie magazine « 45 - hiver 2010 », en kiosque le 24 novembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Lorsque votre adversaire fait de l’humour, soyez grave ; lorsqu’il est grave, faites de l’humour. Si au cours d’une discussion, les arguments de votre adversaire sont meilleurs que les vôtres, changez soudainement de ton afin de séduire ceux qui assistent au débat. Il s’agit en effet, pour reprendre le dessus, de puiser dans le capital de sympathie que le public est susceptible de vous accorder. Or, il est probable que votre adversaire, tout entier dans son argumentaire, adopte, sans s’en rendre compte, un ton de plus en plus sérieux, presque ennuyeux. Opposez-lui alors une remarque légère, telle que : « Cela nous empêchera-t-il de dormir ? » Ainsi, dans sa Lettre sur l’enthousiasme (1708), Shaftesbury (1671-1713) recommande de pratiquer contre les fanatiques religieux, non la répression, mais l’esprit
et l’humour (« wit and humour »). Inversement : si, pris d’une verve railleuse, votre adversaire ridiculise tout ce que vous dites, feignez de vous offusquer : « Comment osez-vous vous moquer d’un tel cas ?
Êtes-vous donc insensible à tout ? » C’est ce que fait par exemple Rousseau lorsque, outré que Voltaire puisse utiliser le tremblement de terre de Lisbonne pour nier la providence divine, il lui écrit le 18 août 1756 : « Vous jouissez, mais j’espère. » Dans les deux cas, les témoins apprécieront d’autant plus ce décalage que vous aurez flatté soit leur esprit (par l’humour) soit leur cœur (par la compassion).

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