Stratagème n°32. Collez votre adversaire
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Imaginons que le débat porte sur la croissance démographique en Afrique et ses conséquences migratoires. Votre adversaire avance chiffres et exemples inquiétants. Coupez-lui la parole et posez-lui des questions savantes et variées telles que : « Mais quel est le taux de natalité du Nigeria ? », « Précisez quels sont les flux majeurs internes au continent ? » Si votre interlocuteur consulte ses fiches, dites-lui que sa mémoire laisse à désirer ; s’il fuit la question, affirmez que son savoir est trop lacunaire pour être crédible. Le paradoxe de ce stratagème est qu’il permet de remettre en cause la compétence de l’adversaire, alors qu’il ne dit rien de la vôtre. Plus encore : en formulant bien vos questions, c’est vous qui passerez pour savant parce que vous donnerez l’impression d’être attentif au moindre détail susceptible de compléter un savoir que vous n’avez pas. Un genre de piège qu’affectionnent les cancres pour déstabiliser l’enseignant devant sa classe : demander à un professeur de philosophie à quelle date est mort le sophiste Gorgias, interroger un géographe sur le nombre d’habitants des îles Féroé ou exiger d’un chimiste la composition du chewing-gum relève moins de la curiosité intellectuelle que de l’obstructionnisme. Mais ce piège est redoutable car, en obligeant l’adversaire à avouer son ignorance, on jette le soupçon sur la valeur de ce qu’il a affirmé jusque-là.