Stratagème n°38. Doutez de la sincérité de votre adversaire
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 80 de Philosophie magazine « 80 - juin 2014 », en kiosque le 28 mai 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Un bon moyen de l’emporter dans un débat consiste à mettre en doute la bonne foi de votre interlocuteur. Si votre adversaire, dans une promesse électoraliste, propose d’augmenter massivement les salaires dans la fonction publique, vous aurez beau jeu de montrer qu’il ne croit pas à ce qu’il avance. Cette mesure nécessiterait, entre autres, des hausses d’impôts. Demandez-lui s’il pense vraiment qu’il est possible d’agir ainsi. Quel que soit le degré de certitude qu’il affichera dans sa réponse, rétorquez : « Vous ne pensez pas ce que vous dites », puis poursuivez par une phrase du type : « Vous savez très bien au fond de vous-même que… » Ou : « Je suis persuadé qu’en votre âme et conscience… » La ruse consiste ici à créer artificiellement une opposition entre la parole et l’intention de l’adversaire, à en faire un hypocrite malgré lui. S’il proteste de sa bonne foi et prétend assumer tout ce qu’il dit, poursuivez : « Je n’en crois pas un mot… » Ou : « Allons, allons… Interrogez-vous sur vos motivations réelles… » Avec un peu de chance, si vous semblez bienveillant, vous pouvez obtenir un : « Après tout, vous avez peut-être raison. » À défaut, si votre interlocuteur ne veut pas céder, osez un : « Vous savez, il n’y a pas de honte à se dédire. » Au soupçon de sa mauvaise foi, vous aurez ajouté le manque de courage, le transformant en ce que Sartre appelle « un salaud »…