Stratagème n°54. Attaquez l’homme de paille !

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Cet article est issu du numéro 96 de Philosophie magazine « Le bien et le mal, ça s’apprend ? », en kiosque le 21 janvier 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Voici un stratagème connu mais qui fonctionne toujours : écoutez votre interlocuteur, interprétez malhonnêtement ce qu’il dit afin de substituer à l’un de ses arguments un autre bien plus fragile. Puis déchaînez-vous contre ce pseudo-argument. Imaginons que votre adversaire soutient que la morale s’apprend d’abord dans la famille et ensuite à l’école, parce que les parents sont nos premiers éducateurs, parce que la nature le commande et parce que même un penseur progressiste comme Thomas More le reconnaît – puisque dans l’île d’Utopia, une monarchie, les enfants se prosternent à chaque fin de mois devant leurs parents pour avouer leurs fautes. Rétorquez : « Vous défendez donc le paternalisme qui infantilise le futur adulte. Belle morale que celle qui place l’homme sous une autorité permanente au lieu d’en faire un être autonome ! Votre père serait sans doute très heureux de vous entendre dire que vous lui devez la droiture de votre conduite ! Permettez-moi de préférer ce que disait Érasme, ami de Thomas More, sur l’éducation des enfants dans sa Déclamation “Il faut donner très tôt aux enfants une éducation libérale” [1509] : “Considérez-les comme libres afin qu’ils le deviennent !” » En faisant ainsi le procès du paternalisme, vous aurez utilisé le stratagème de « l’homme de paille », ce mannequin toujours vaincu sur lequel chargeaient les chevaliers du Moyen Âge pour s’entraîner au combat.

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