Tribune
Catherine-Amélie Chassin : “L’idée de droit humain est une tautologie”
“Allégorie de la Déclaration des droits de l’homme”, peinture du baron Jean-Baptiste Regnault (1754-1829), 92x55 cm, Versailles, musée Lambinet. Face à Minerve, debout, on reconnaît Lafayette, commandant de la Garde nationale parisienne ; entre les deux, assis, l’abbé Sieyes ; à droite, le buste de Louis XVI évoque la royauté ; à gauche, la femme assise représente Paris ; derrière se tient Bailly, premier maire de la capitale. © DeAgostini/Leemage
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Faire des droits de l’homme une expression discriminante est une erreur, pour la juriste Catherine-Amélie Chassin. Étymologiquement, « Homme » fait en effet référence non au mâle (« vir ») mais à la personne humaine, sans distinction de genre (« homo »). Vouloir remplacer « droits de l’homme » par « droit humains » est vain : tous les droits sont humains en leur élaboration. Si les droits de l’homme sont spécifiques, c’est qu’ils affirment l’inaliénable dignité de la personne.
« L’idée de droit humain est une tautologie. Elle renvoie à l’origine même du droit, car tous les droits sont humains. Les “droits humains” peuvent, en ce sens, avoir un tout autre objet que la personne humaine. On peut songer aux droits des animaux – le Code pénal, par exemple, réprime les actes de cruauté envers les animaux domestiques (art. 521-1). On peut citer la propriété, définie par le Code civil comme “Le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue” (art. 544). Les “droits de l’Homme”, eux, ont un objet unique : “Les droits fondamentaux de l’homme, la dignité et la valeur de la personne humaine, l’égalité des droits des hommes et des femmes”, selon le préambule de la Charte des Nations unies (1945). Le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par les Nations unies le 10 décembre 1948, évoque, dans le même registre, “La dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine”.
Pendant très longtemps, l’expression “droits de l’homme” renvoyait ainsi aux droits de tous les êtres humains. C’est avec l’émergence d’un féminisme de combat, qui a voulu faire feu de tout bois, que sont apparues des nuances qui n’existaient pas antérieurement. Or, en réalité, le renforcement des “droits de l’homme” après la Seconde Guerre mondiale a permis de reconnaître pleinement l’égalité de principe entre les hommes et les femmes. Selon le préambule de la Constitution de 1946, “La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme” (3e alinéa). Aujourd’hui, ce texte a pleine valeur constitutionnelle, affirmée par le Conseil constitutionnel à la suite d’une décision dite liberté d’association (Cons. Const., décision 71-44 DC du 16 juillet 1971).