Stratagème n°55. Parasitez le discours de l’adversaire

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Cet article est issu du numéro 97 de Philosophie magazine « Peut-on choisir ses désirs ? », en kiosque le 18 février 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Pour détruire l’argumentaire de votre interlocuteur, commentez-le au fur et à mesure qu’il le développe. Rien n’est plus agaçant que d’entendre des « bruits » quand on veut se concentrer sur ce que l’on dit. Pour produire ces parasites sonores, commencez par de simples onomatopées exprimant le doute (« hum », « mouais », « tsss ») ou le soupir (« pfff »), enchaînez avec des ricanements (« aah »), puis des locutions plus audibles (« ben tiens », « je l’attendais celle-là ») et, enfin, plus agressives (« n’importe quoi » ou « on aura tout entendu »). Si cela est possible, prenez l’auditoire à témoin, la main masquant votre bouche pour faire semblant de confier au public un commentaire déplaisant sur ce qu’il est en train d’entendre (« vous gobez un truc pareil ? »), un peu à la manière de Scapin dans les comédies de Molière. En procédant ainsi en crescendo, vous finirez par obtenir l’interruption de son discours parce que vous l’aurez rendu inaudible et que vous aurez mis son auteur en colère. Alain Finkielkraut, dans l’émission de Frédéric Taddeï Ce soir ou jamais, diffusée sur France 2 le 18 octobre 2013, dut subir ce stratagème au point de lâcher, complètement excédé, au scénariste Abdel Raouf Dafri qui cherchait à le provoquer sur ce qu’il avait écrit sur Barrès : « Mais taisez-vous ! »

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