Stratagème n°60. Jouez les pragmatiques

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Cet article est issu du numéro 102 de Philosophie magazine « À quel point sommes-nous prévisibles ? », en kiosque le 18 août 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Évaluez la faisabilité de ce que propose votre adversaire et montrez que ses idées sont inapplicables ou peu efficaces. Imaginons que le débat porte sur la pratique en chute libre de la lecture chez les jeunes. Votre adversaire estime qu’il faut prendre des mesures d’urgence – rendre les livres de poche gratuits, conditionner l’acquisition d’un diplôme à un programme minimal de lectures ou obliger les médias à faire de la publicité pour les livres. Pour le contrer, répondez d’abord de manière péremptoire : « Tout cela est bien joli, mais ça ne marchera pas ! » Puis attaquez les propositions adverses en les jugeant stériles : « On a déjà essayé de forcer les jeunes à lire mais toujours sans succès, parce que les mesures prises leur évoquaient trop la contrainte scolaire. » Enfin, avancez un argument qui prouve votre modernité : « Lire demande un effort que les jeunes préfèrent désormais fournir dans la maîtrise des technologies de l’image. Pour trouver un emploi, c’est bien plus efficace. » En parlant systématiquement de « ce qui marche », de « résultats », « d’efficacité », vous donnerez à votre auditoire l’impression d’être un pragmatique, d’être un homme qui, comme l’explique le philosophe américain William James dans Le Pragmatisme (1907), « se tourne vers les choses dernières, les fruits, les conséquences, les faits ». Vous ferez alors passer votre adversaire pour un doux rêveur et aurez convaincu ceux qui vous écoutent que la vérité, c’est ce qui est « payant ».

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