Stratagème n°7. Parler par images
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Cet article est issu du numéro 49 de Philosophie magazine « 49 - mai 2011 », en kiosque le 27 avril 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Dans un débat difficile, remplacez les arguments de votre interlocuteur par des images simples et tournez-les à votre avantage : on vous reproche de vouloir l’impossible, dites que toute montagne a son passage ; on prétend que vous êtes trop sévère, rétorquez que les bois durs font les meilleurs meubles. L’image déstabilise l’adversaire parce qu’elle l’incite à trouver une contre-image dans un contexte qu’il n’a pas choisi. Or il n’est jamais facile de décliner une métaphore imposée. Inversement, l’image plaît au public parce que chacun l’interprète spontanément dans le sens qui lui convient, en référence à son propre imaginaire, à son expérience intime. Avec un peu d’habileté, on peut ainsi flatter l’imagination de l’auditoire tout en paralysant celle de son interlocuteur. Cette ruse a tenté bien des philosophes soucieux d’intimider leur ennemi. Par exemple Karl Marx, en faisant du communisme « un spectre » qui hante l’Europe, a su frapper l’imaginaire du prolétariat désarmé. Il l’a convaincu qu’il pouvait, en s’unissant, effrayer la bourgeoisie. L’image, qui ouvre le Manifeste du parti communiste de 1848, a peut-être ainsi plus fait pour l’avènement de la révolution que bien des démonstrations du Capital. La contre-image du révolutionnaire « le couteau entre les dents » apparaît alors comme la réponse tardive du capitalisme pour retourner, avec plus ou moins de succès, la figure initiale de l’effroi évoquée par le marxisme…