Entre les lignes
Tempête dans un urinoir
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Cet article est issu du numéro 1 de Philosophie magazine « 1 - avril/mai 2006 », en kiosque le 30 mars 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« En 1993, avant mon coup de marteau, l’urinoir était évalué à 450 000 francs (70 000 euros). Après mon acte, on m’a dit qu’il avait perdu de sa valeur, qu’il était déprécié. Or, maintenant, cette même œuvre est évaluée à 2,8 millions d’euros. Alors, de quelle dépréciation parle-t-on ? » Pierre Pinoncely, lors de son jugement, le 24 janvier.
Sur le banc des accusés, Pierre Pinoncely, dit Pinoncelli, 77 ans, artiste récidiviste. En 1993, à Nîmes, il avait asséné un coup de marteau sur une œuvre d’art célèbre, la Fontaine de Marcel Duchamp, après s’être soulagé dedans. Condamné pour cet acte, il réitère son geste destructeur le 4 janvier dernier. Il faut dire que la Fontaine est aussi un urinoir. Mais un urinoir devenu œuvre d’art, un ready made de Duchamp, le révolutionnaire de l’art, en 1917 : en transportant l’objet de la rue au musée, l’artiste inaugure une réflexion radicale sur le statut de l’œuvre esthétique tout en provoquant son monde.