Témoignage

Après Xynthia, le défi de la météopolitique

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Après Xynthia, le défi de la météopolitique

Un camping inondé à Aytré (17), une commune jouxtant La Rochelle, dans l’ouest de la France, le 1er mars 2010. La tempête Xynthia avait frappé la côte atlantique française la veille, provoquant la mort d’au moins 45 personnes et l’inondation de plusieurs villes. © Xavier Leoty/AFP

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Cet article est issu du numéro 38 de Philosophie magazine « 38 - avril 2010 », en kiosque le 25 mars 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans la nuit du 27 au 28 février dernier, la tempête Xynthia s’est abattue sur le littoral atlantique. Paul Virilio, théoricien du désastre, l’a vécue. Sa conclusion : après l’ère de la géopolitique et de la maîtrise du territoire, voici venue celle où nous devons apprendre à endiguer les flux.

 

Depuis 1975 et la parution de son premier livre, Bunker archéologie, Paul Virilio a inlassablement écrit sur le thème de la catastrophe. Du spectre de la guerre atomique à l’accélération de l’histoire, de l’instabilité d’une économie toujours plus volatile au réchauffement climatique, il s’est érigé en observateur inquiet des processus de destruction en cours. Ce thème, il l’a approfondi dans L’Université du désastre (Galilée, 2007) : il y appelle à la fondation d’un éco-humanisme qui fasse front contre les périls planétaires. Ironie du sort, Paul Virilio habite à La Rochelle et s’est trouvé aux premières loges pour assister au passage de la tempête Xynthia, qui a dévasté le littoral atlantique dans la nuit du 27 au 28 février dernier et causé 53 morts. Il a accumulé de nombreuses pages de notes sur cet événement mais, pour l’heure, il est trop absorbé par la résolution de problèmes matériels pour prendre la plume. Il a accepté de témoigner de cette expérience sous la forme d’un entretien. Où un penseur catastrophiste est aux prises avec ses propres prédictions.

 

Vous êtes le penseur de l’“accident intégral”… Est-ce la première catastrophe naturelle à laquelle vous assistez ? Confirme-t-elle vos théories ?

Paul Virilio : Je suis né en 1932, j’ai donc vécu la Seconde Guerre mondiale dans mon enfance. C’est pour moi une grande catastrophe de l’Histoire, qui a donné l’impulsion à toute mon œuvre. Cependant, les catastrophes naturelles contemporaines sont d’un autre type : ce sont des accidents du progrès. Bien sûr, nous ne pouvons pas prouver scientifiquement que la tempête Xynthia est liée au réchauffement climatique, ou encore à la pollution de l’écosystème terrestre. Néanmoins, il est vraisemblable que les phénomènes météorologiques très violents qui s’enchaînent à un rythme exceptionnel en ce début de XXIe siècle sont dus aux dommages que l’humanité fait subir à la planète. Sur le plan philosophique, la distinction entre catastrophe politique et catastrophe naturelle est très importante. Durant toute la période qui va de l’Antiquité grecque à la Seconde Guerre mondiale, le sujet de l’Histoire, ce sont les rapports de pouvoir, les affrontements politiques et idéologiques. Or, avec l’instabilité actuelle de l’écosystème terrestre causée par le progrès, nous régressons quasiment à l’âge de fer, ou même de la préhistoire : je veux dire par là que le plus grand danger pour nous a pour visage la nature. Ce sont les événements climatiques et géologiques qui menacent notre survie, comme c’était le cas pour les Anciens. Du coup, toute notre culture moderne est à revoir.

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