Le calme et la tempête
© Bruno Bressolin / Valérie Oualid
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Cet article est issu du numéro 114 de Philosophie magazine « Comment vivre avec l’idée de la mort ? », en kiosque le 26 octobre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si la nature influe sur notre état d’esprit, que ressent-on perché sur un cap séparant eaux calmes et océan déchaîné ?
Parfois, la géographie prend la forme de nos états d’âme. Dans ma grande naïveté, je songe souvent que la steppe s’apparente à un esprit desséché, que l’océan a une âme généreuse ou que les oasis figurent les jardins de nos pauvres cœurs. Avis aux étudiants : si vous disposez de quelques années devant vous, amusez-vous à élaborer un « atlas psychogéographique des formes du relief ». Pour cela, il vous suffit de vous procurer l’excellent Précis de géomorphologie de Max Derruau (Éditions Masson, 1956) et d’associer une humeur à chaque chapitre. Vous tracerez ainsi la carte géologique du psychisme humain. Après tout, Gaston Bachelard ne s’est-il pas essayé à une Psychanalyse du feu et à un Essai sur l’imagination de la matière ? Et les peintres romantiques ne célébrèrent-ils pas les noces de la nature et du sentiment ? Ainsi, en 1886, dans L’Île des morts, le peintre suisse Arnold Böcklin associa les représentations de l’outre-monde à la figuration d’une calanque plantée de cyprès noirs et veinée de replis karstiques.