Théâtre

“Tenir debout” : miss sympathie

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“Tenir debout” : miss sympathie

“Tenir debout”, de Suzanne de Baecque. Avec Suzanne de Baecque, Raphaëlle Rousseau en alternance avec India de Almeida. © Jean-Louis Fernandez

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Cet article est issu du numéro 184 de Philosophie magazine « Que faire de nos angoisses ? », en kiosque le 24 octobre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans sa pièce Tenir debout, Suzanne de Baecque nous immerge dans l'univers des concours de miss. Un spectacle plein d'humour mais sans surplomb, animé par la sympathie, concept cher à Adam Smith.

 

Cette autobiographie pleine d’autodérision est le fruit d’une immersion. Alors que Suzanne de Baecque était encore étudiante dans une école de théâtre, elle a dû répondre à une contrainte : passer un mois dans un environnement inconnu pour en tirer une forme artistique, un « croquis de voyage ». Le sien débute en Poitou-Charentes, où elle se présente au concours des Miss régionales. Dans sa pièce, elle décrit donc ce milieu, se moquant du « dressage » imposé à ces jeunes femmes, anachronique en pleine révolution féministe. Le concours se déroule en effet dans un hippodrome, où l’actrice se met à mimer le trot, le galop, le saut d’obstacle, avec ce long corps comique qui s’impose d’emblée sur scène. Mais elle témoigne aussi des existences heurtées de ces jeunes femmes, de la difficulté à trouver sa place dans la société, de parcours abîmés par la maladie et de rêves d’ascension. Où tenir debout consiste non seulement à marcher droit sur des talons mais bien aussi à se redresser dans la vie. Pour la comédienne, issue d’un milieu universitaire, cette restitution, sans surplomb mais pleine d’humour, est l’occasion d’imaginer d’autres vies que la sienne, d’éprouver ce qu’Adam Smith appelle dans sa Théorie des sentiments moraux la « sympathie », soit la capacité à nous mettre « par imagination » à la place d’autrui : « Nous nous concevons comme endurant les mêmes tourments, nous entrons pour ainsi dire à l’intérieur de son corps et devenons, dans une certaine mesure, la même personne. Et par là nous formons quelque idée de ses sensations et même nous sentons quelque chose qui, quoique plus faible en degré, n’est pas entièrement différent d’elles. » Un travail d’acteur… moral !

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