Face à Sempé

Pascal Bruckner : “Sempé aura créé une sorte de grotesque sublime”

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Pascal Bruckner : “Sempé aura créé une sorte de grotesque sublime”

© Sempé

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 55 de Philosophie magazine « Sempé (1932-2022) », en kiosque le 27 octobre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pascal Bruckner salue « l’insurrection du minuscule » illustrée par Sempé et sa cohorte de petits personnages ridicules dans leur vanité qui affrontent le monde avec une désarmante naïveté. S’ils forcent à la fin la sympathie, n’est-ce pas qu’ils nous ressemblent ?

 

De petits hommes au pied d’immeubles de quarante étages, des femmes égarées au milieu d’une foule, un quidam qui apostrophe l’océan en le saluant d’un coup de chapeau : les dessins de Sempé illustrent toujours une métaphysique de la disproportion. La fourmi humaine, toute gonflée de son importance, philosophe sur sa vie, ses soucis, ses aspirations alors qu’elle est entourée de forces gigantesques qui pourraient la réduire à néant. On songe, en voyant ces croquis, à la fameuse phrase de Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » À quoi Alain répondra dans ses Propos sur le bonheur : « Le frisson auguste qu’il éprouvait en les regardant venait sans doute de ce qu’il prenait froid à sa fenêtre sans s’en apercevoir. » Les personnages de Sempé, malgré eux, se haussent du col. C’est moins de la prétention que la volonté de persister dans l’être. L’émotion naît du contraste entre ce petit atome obstiné et une nature, une ville, une société qui renvoient chacun à son insignifiance. Tout l’humilie, le rabaisse, il ne se décourage pas. Il y a une grandeur dans cette petitesse entêtée. Sempé se garde de délivrer une leçon d’humilité : il nous dépeint, risibles et touchants, face au gigantisme de la nature, des cieux, des mégapoles.

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