Europe
Pascal Bruckner : “L’Europe a fait Auschwitz, mais aussi Nuremberg”
Pascal Bruckner en 2017 (cc) Mariusz Kubik / Wikimedia Commons
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Pour Pascal Bruckner, l’Europe doit cesser de ruminer ses erreurs passées et surmonter ses imperfections pour reconnaître la richesse de ses valeurs et affronter les menaces internationales.
En quoi la liberté de conscience marque-t-elle l’histoire de l’Europe ?
Pascal Bruckner : Elle lui est consubstantielle. Notre continent a été le siège d’une guerre civile de trois siècles entre catholiques et protestants. Il a failli en mourir. L’Europe a donc inventé la liberté de conscience, aux XVIIe et XVIIIe siècles, pour ne pas retomber dans l’affrontement impitoyable entre les deux versions du christianisme, mais également pour lutter contre l’absolutisme monarchique et la mainmise de l’Église. C’est pour cette raison que l’Europe est aujourd’hui détestée par un certain nombre de despotes, comme Xi Jinping, Vladimir Poutine ou Recep Tayyip Erdoğan. Ce dernier veut par exemple inscrire l’islamophobie en lettres de marbre dans la Constitution turque, comme un crime aussi grave que l’antisémitisme. L’Europe, elle, propose à l’islam une autre issue que celui du renforcement des dogmes. Elle défend le droit de blasphémer, de caricaturer, de se moquer. Pour attaquer l’esprit européen, on accuse notre continent d’impérialisme. On accuse la liberté de conscience de n’être qu’un instrument du colonialisme. Or la réalité est que tous les anciens empires veulent reprendre pied sur leurs anciennes terres. Les Russes rêvent de dominer l’Europe de l’Est ; la Turquie voudrait occuper toute l’Europe orientale ; beaucoup de pays arabes aimeraient que l’Espagne redevienne l’Andalousie musulmane. C’est en Russie, c’est en Chine, c’est en Inde que la liberté de conscience est partout attaquée. On entrave la liberté de parler des religions, mais aussi de critiquer librement le pouvoir, d’être dissident.