Pour/Contre
François Dubet/Bérénice Levet. Faut-il “donner” les diplômes de 2020 ?
Étudiants opposés aux réformes de l'Université bloquant l'accès au bâtiment Patio de l'université de Strasbourg, le 10 avril 2018. © Sophie Dupressoir/Hans Lucas/AFP
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Brevet et bac calculés au contrôle continu sans tenir compte d’éventuelles notes obtenues pendant le confinement, validation par l’université Paris-1-Sorbonne de tous les diplômes des étudiants – une décision finalement rejetée… L’édition 2020 des examens doit-elle obéir à un souci d’équité, comme le défend le sociologue François Dubet, ou faut-il défendre avant tout le mérite scolaire, comme le plaide la philosophe Bérénice Levet ?
POUR > François Dubet
“Le mérite n’a de sens que si l’on respecte la stricte égalité des concurrents”
« Je suis plutôt favorable à l’idée de “donner” leur diplôme à tous les élèves en cette année si particulière. Le principe du mérite scolaire ne doit pas être sacralisé et ne justifie pas le maintien des examens quel que soit le contexte. L’année scolaire ayant été amputée de moitié, les conditions de révisions bafouées, y compris du point de vue de l’équité, et les conditions de passage de l’examen restant profondément discutables, il est plus juste de “neutraliser l’étape”, comme on dit pour le Tour de France. Cela relève du bon sens. On ne peut parler de mérite si l’on ne respecte pas la condition sine qua non qui le rend effectif : la stricte égalité des concurrents. Or la situation actuelle ne permet pas d’honorer cette condition. Au nom de l’égalité des chances méritocratiques, on peut contester des examens où les candidats n’ont pas été placés dans des conditions d’égalité élémentaire.
“Les conditions de passage de l’examen restant profondément discutables, il est plus juste de ‘neutraliser l’étape’, comme on dit pour le Tour de France”
François Dubet
En tant qu’enseignant confronté à ce genre de problème, j’estime que le mieux aurait été d’assouplir la notation de manière tacite. Mais c’est périlleux : les mouvements étudiants saisissent de plus en plus facilement la justice contre les discriminations, et ils auraient sans doute remis en question des examens menés au terme de plusieurs mois de confinement – même si, dans les faits, chacun avait obtenu la moyenne. Les universités sont donc obligées de se protéger en affirmant explicitement les choses. Mais dire officiellement : “venez passer l’examen, vous serez reçus”, c’est gênant. D’où la difficulté… Ma position – et elle est, je le concède, assez hypocrite – consiste à dire qu’il fallait le faire sans le dire. Parce que les examens reposent sur des fictions : la fiction que l’on sélectionne les meilleurs, que l’épreuve est objective, etc. En faisant une telle déclaration, on détruit la fiction.