Le diable dans les détails
Transparence et opacité
(cc) Madmonk111 / Flickr
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Cet article est issu du numéro 48 de Philosophie magazine « 48 - avril 2011 », en kiosque le 30 mars 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Sur la scène politique, WikiLeaks a sans doute mis fin aux secrets d’État. Mais en matière d’économie, cette nouvelle ère de la transparence va rencontrer une limite : les montages financiers sont si complexes que nul ne sait ce que cachent les banques, pas même leurs dirigeants…
Des révélations comme celles de WikiLeaks supposent un ensemble de conditions très précises. Il faut que certaines personnes « passe-partout » (donc plus seulement les « chefs ») aient accès à des données sensibles. Il faut que ces personnes puissent entrer en contact avec d’autres capables d’extraire ces informations et de les traiter de manière quantitativement efficace. Il faut enfin que soient disponibles des serveurs informatiques puissants situés en des lieux bénéficiant d’une certaine autonomie juridique. Bref, il faut des initiés « ordinaires », qui sont nombreux dans les organisations complexes employant beaucoup de collaborateurs. Il faut des hackers compétents. Il faut enfin un espace international de circulation de l’information soustrait en partie au pouvoir des États.
Les fuites WikiLeaks sont donc indissociables de la technologie, des réseaux et de la complexité des organisations. À tous ces points de vue, il faudra s’habituer à vivre avec la transparence que ces conditions produisent – ou revenir à des techniques du passé. Il est illusoire de croire que quelque chose d’écrit, de transcrit, de traité informatiquement puisse rester secret. La fin des secrets d’État est inscrite dans l’état des technologies.