Trois types d'activité
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Cet article est issu du Hors-série n°66 de Philosophie magazine « Hannah Arendt. Comprendre, résister, espérer », en kiosque le 24 juillet 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
S’élevant contre une longue tradition philosophique qui tend à dévaluer la vie active en la soumettant au primat de la vie contemplative, Hannah Arendt propose avec la distinction entre le travail, l’œuvre et l’action une nouvelle définition de la condition humaine.
VITA ACTIVA VS VITA CONTEMPLATIVA
Pour Arendt, il n’y a pas de nature humaine. Notre humanité nous est donnée sous le mode d’une condition, qui est à la fois durable et soumise au changement historique. À la différence de l’animal, l’homme pense, est capable de forger des outils, d’élaborer des artefacts et d’initier des actions : cela a trait à sa condition. Cependant, au cours de l’histoire, les données fondamentales de cette condition se disposent différemment. Un élément décisif de cette histoire tient au statut qui est conféré à la vie active par rapport à la vie contemplative et à la hiérarchie interne entre les différents modes d’activités. Elle en distingue trois : le travail, la fabrication d’outils ou d’œuvres d’art, et l’action proprement dite. La grandeur de l’Antiquité tient à la place suréminente qui était réservée à l’action et au bannissement du travail associé à l’esclavage. En regard, la modernité se définit par l’attente démesurée qui est placée dans le travail qui devient simultanément l’espace où chacun doit se réaliser et le fardeau dont tout le monde veut s’émanciper. Arendt entend réévaluer l’importance de la vie active contre une longue tradition philosophique qui, depuis la mort de Socrate, a cherché à s’en prémunir pour sanctuariser la vie contemplative. Or, s’il est « tout à fait possible de traverser la vie sans jamais s’adonner à la contemplation, la vie active est ce à quoi aucun homme ne peut échapper ».