États-Unis
Trump est-il un nouveau César… ou un Carthaginois ?
Une figure représentant le président américain Donald Trump dans le rôle de l'empereur romain Néron est exposée lors du traditionnel défilé du carnaval de Mayence, en Allemagne, le 24 février 2020. © Michael Probst/AP/Sipa
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Donald Trump est souvent comparé à Jules César. Un rapprochement qui n’est pas pertinent, explique Moritz Rudolph. En effet, les États-Unis ont moins à voir avec Rome qu’avec Carthage. Explications.
Il y a un an, des vidéos dans lesquelles des femmes demandaient à des hommes à quelle fréquence ils pensaient à l’Empire romain faisaient fureur sur TikTok. Les réponses variaient de plusieurs fois par jour à une fois par semaine, ce qui laissait les interrogatrices interloquées ; elles ne pensaient manifestement pas si souvent à Rome. C’est peut-être cette réaction qui est la plus surprenante. Difficile, en effet, de ne pas penser à Rome lorsqu’on suit l’actualité. La comparaison avec Rome est presque un passage obligé du commentaire philosophique de l’histoire. Elle est en général utilisée pour présenter notre présent sous un jour menaçant.
L’homme politique allemand Guido Westerwelle, par exemple, déplorait il y a quelques années une « décadence romaine tardive ». Curieusement, sa formule ne faisait pas référence aux excès des riches mais à ceux des pauvres, réduits au rang de parasites qui, vivant de l’aide sociale, pousseraient l’Allemagne vers la ruine. Peu après, l’historien de l’Antiquité David Engels jugeait que l’Union européenne était « sur la voie de l’Empire ». Comme la Rome de la fin de la République, l’Europe est diverse, chaotique et incapable de s’organiser. Après une période de décadence, un empereur viendra remettre en ordre le continent d’une main de fer.
Imperator Trump
Plus que l’Europe, c’est surtout l’Amérique qui fait l’objet de ces comparaisons. Les États-Unis s’inscrivent depuis toujours dans le sillage de la grande puissance antique. En témoignent les noms d’institutions comme le « Sénat » et le « Capitole » ou leur devise, e pluribus unum, qui remonte à Cicéron.
Depuis Donald Trump, ce sont principalement les périodes instables, qui, dans l’histoire romaine, suscitent l’intérêt. Le journaliste conservateur Michael Anton tisse ainsi, dans ces conditions de déclin, un parallèle avec Jules César qui justifierait les velléités autocratiques de Trump : lorsque la société est divisée et que les institutions sont incapables d’agir, il faut les suspendre afin de rétablir l’ordre. Comme César, Trump est un homme du peuple qui se bat contre l’establishment. Si nécessaire, il endossera la casquette de dictateur, comme il l’admet désormais explicitement.