Exposition
Tyler Mitchell : paradis pas perdu
Tyler Mitchell, “Untitled (Red Steps)”, 2016. © Tyler Mitchell. Courtesy de l’artiste et de Gagosian.
Tyler Mitchell, “Convivial Conversation”, 2024. © Tyler Mitchell. Courtesy de l’artiste et d’AGM Collection
Connaissez-vous Tyler Mitchell ? À Paris, la MEP met à l’honneur ce jeune photographe afro-américain avec l’exposition « Wish This Was Real ». Cédric Enjalbert a été frappé par ses clichés, qui mettent en scène la communauté noire aux États-Unis dans un parcours visuel marqué par l’utopie et un certain onirisme politique.
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« Vous le connaissez peut-être pour son fameux portrait de Beyoncé paru dans le magazine Vogue. Le photographe américain Tyler Mitchell en est convaincu : montrer “la beauté noire est un acte de justice”. Il est à l’honneur de la Maison européenne de la photographie (MEP), à Paris. Trois sections organisent ce parcours remarquable, jalonné de grands formats : “Vies/Libertés”, “Postcoloniale/Pastorale” et “Famille/Fraternité”. Elles dessinent une “vision utopique noire”, jouant sur la puissance des contrastes à la fois esthétiques et symboliques, comme lorsque le photographe immortalise cinq jeunes immergés dans un cadre bucolique, battant la campagne, mais dont l’un, de face, porte une lourde chaîne autour du cou. Son idéalisation romantique de la nature ravive paradoxalement la mémoire de la ségrégation et des injustices. “Je réfléchis à certains désirs et libertés que j’aurais souhaité avoir en grandissant en Géorgie, dans la nature et les paysages du sud en général, des endroits qui peuvent sembler accueillants à première vue mais qui ont une histoire complexe où les gens qui me ressemblent se sentent rejetés”, confiait-il au New York Times en 2020. Dans d’autres clichés saturés de couleur, il magnifie de jeunes hommes noirs jouant fraternellement... en plein mouvement Black Lives Matter. Ce n’est pas de l’inconscience mais l’affirmation (spinoziste) de la vie malgré – ou plutôt contre – la souffrance et la violence, soit l’expression d’une “esthétique utopique” selon les mots de Tyler Mitchell. “Je cherche à apposer une idée d’autodétermination, d’autonomie personnelle et de joie sur la toile de l’histoire”, résume l’artiste dans un éblouissant geste d’émancipation. Et de réparation ? »
« Tyler Mitchell. Wish This Was Real », exposition à la Maison européenne de la photographie jusqu’au 25 janvier 2026.