Entretien

Alain Deneault : “Les lois ultra-permissives des paradis fiscaux les transforment en négatifs de l’État traditionnel”

Temps de lecture : 6 min

Alain Deneault en 2017

Alain Deneault en 2017. © Olivier Roller/Divergence

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Les révélations sur l’évasion fiscale se multiplient ces dernières années. Dernièrement, ce sont les « Pandora Papers » qui défraient la chronique. Le philosophe canadien Alain Deneault y voit un coup de sonde lancé dans l’océan de secret des paradis fiscaux, dont il est essentiel de comprendre l’ampleur.

 

Êtes vous surpris par les révélations des “Pandora Papers”, cinq ans (déjà) après celles des “Panama Papers” ?

Alain Deneault : Les OffshoreLeaks, SwissLeaks, LuxLeaks, FootLeaks, Panama Papers, Paradise Papers et maintenant Pandora Papers représentent des coups de sonde dans un vaste océan couvert d’opacité. Un jet lumineux qui traverse les ténèbres. La composition sociologique qui ressort de ces données a valeur de sondage. Ce dernier coup de filet, plus gros que les précédents, confirme tout ce qu’on savait : le recours aux législations de complaisance de la part des grandes entreprises, des particuliers nantis et des acteurs mafieux apparaît dans toute son ampleur. Il s’agit d’usages systématiques, normalisés, banals même. C’est à une échelle industrielle qu’on crée par milliers, pour un nombre considérable d’usagers, des entités dans les paradis fiscaux où des entreprises et des particuliers contournent le droit.

“Dans certains pays, de nombreux articles de lois indiquent explicitement qu’absolument n’importe qui créant telle entité peut faire résolument n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, sans qu’aucun recours ne soit envisagé” Alain Deneault

 

Abdallah II, Andrej Babiš, Tony Blair, Shakira etc. : incriminer des noms ne nous empêche-t-il pas de prendre conscience du caractère systémique du problème ?

Je m’évertue, dans les interventions publiques que je fais sur le sujet, à faire valoir la systématicité industrielle du phénomène, au-delà de la question des noms. Cela dit, les cas de célébrités et de personnalités politiques qui sont citées permettent de conférer un visage au phénomène. À force d’en voir passer, on comprend que le recours à ces structures relève d’un vaste système. J’ai moi-même participé au projet du réalisateur Alexandre Gingras, le remix de Je ne savais pas que je savais, qui s’efforçait de rendre intelligible le phénomène par le recours aux exemples. Mais en soulignant, en même temps, qu’il ne s’agit que d’exemples, d’occurrences…

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