Pacifique / Utopie
De paradis perdus en paradis artificiels
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Cet article est issu du numéro 107 de Philosophie magazine « Peut-on aller bien dans un monde qui va mal ? », en kiosque le 15 février 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Des entrepreneurs américains rêvent de créer des cités flottantes artificielles, où établir des édens libertariens. L’une des premières pourrait voir le jour en Polynésie française.
L’Île du rêve. C’est ainsi que l’écrivain Pierre Loti qualifie la Polynésie, dont la réputation manifestement perdure. Une organisation non gouvernementale américaine, le Seasteading Institute, vient en effet de signer le 13 janvier 2017 un protocole d’accord avec le gouvernement de l’archipel pour le lancement de prototypes d’îles artificielles. Fondé par Patri Friedman, petit-fils de l’économiste libéral Milton Friedman, et en partie financé, à sa création, par une star de la Silicon Valley, le milliardaire Peter Thiel, le Seasteading Institute cherche à fonder des micro-États, pour entrepreneurs fortunés, affranchis des contraintes politiques. Des ports francs sans gouvernement, sans taxes et sans régulations, établis sur des plateformes modulables propices à l’activité économique, à la recherche aussi bien qu’à la vie résidentielle. Cette utopie libertarienne pourrait bientôt voir le jour dans les eaux françaises. Pourquoi la Polynésie ? Car sa situation géopolitique est avantageuse. Ensuite, cette collectivité d’outre-mer bénéficie non seulement de la stabilité institutionnelle française mais aussi d’un statut d’autonomie particulier. Elle peut notamment négocier des accords directement avec des États étrangers ou des organismes internationaux. Le président de la Polynésie française Édouard Fritch s’est ainsi rendu à San Francisco, en Californie, pour faire affaire avec le Seasteading Institute. Bien évidemment, rien n’est joué. Actuellement, l’accord ne porte que sur une étude de faisabilité et non sur la certitude que l’entreprise sera réalisée, même si le gouvernement polynésien espère d’importantes retombées économiques et qu’il table sur l’avenir, alors que l’augmentation du niveau de la mer menace très directement les îles du Pacifique.