Urbanisme

“Villes intelligentes” : de l’utopie au cauchemar

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Infographie de l’“Elevated Park”, dans le quartier du Willow Village de Menlo Park (Californie, États-Unis), proposé par Facebook et le Signature Development Group dans l’optique de créer une zone résidentielle axée sur la mobilité urbaine non polluante

Infographie de l’“Elevated Park”, dans le quartier du Willow Village de Menlo Park (Californie, États-Unis), proposé par Facebook et le Signature Development Group dans l’optique de créer une zone résidentielle axée sur la mobilité urbaine non polluante. © Facebook/Signature Development Group

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La construction de la « ville Facebook » s’accélère dans la Silicon Valley. Ce projet de ville idéale ultramoderne reconduit les principaux motifs de l’utopie traditionnelle, tout en en accentuant les dangers.

 

La « ville intelligente » est l’avatar contemporain de la « cité idéale », imaginée par Platon, More, Campanella ou encore Fourier : une ville organisée dans ses moindre détails par l’esprit humain. Ces utopies urbaines présentent évidemment un attrait certain : qui n’aspirerait pas, en première approche, à vivre dans une ville parfaitement fonctionnelle, où les embouteillages et autres effets pervers résultant de l’addition des volontés individuelles n’auraient pas droit de cité ? Gestion en temps réel des places de stationnement, régulation automatique de l’arrosage des espaces verts en cas de grande sécheresse, ramassage des ordures non systématique mais seulement lorsque les poubelles sont pleines, modulation de l’éclairage urbain selon la densité du trafic automobile… techniquement, la ville intelligente a de quoi faire rêver. Elle inquiète pourtant, en raison de deux traits distinctifs.

  • D’une part, elle est aujourd’hui largement laissée à l’initiative privée – de Facebook, Toyota, Samsung, etc. Quelle place sera donnée à la politique dans cet espace public privatisé qui, de l’agora d’Athènes au forum de Rome a été, à travers l’histoire, le lieu par excellence du politique ?
  • D’autre part, parce qu’elle se fonde sur des algorithmes à la puissance de calcul inédite, la ville intelligente prend les airs de système de surveillance généralisée (privé ou étatique), exigeant la collecte d’une quantité croissante de données. Ainsi, les politologues Hugo Loiseau et Elena Waldispuehl se questionnent dans Cyberespace et science politique (PUQ, 2017) : « Assistons-nous à la création d’un panoptique cybernétique qui influencerait les comportements collectifs des citoyens soumis consciemment ou non à cette surveillance de masse ? »
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