Numérique / Libéralisme
Uber et les métamorphoses du travail
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Cet article est issu du numéro 91 de Philosophie magazine « Comment ne pas passer à côté de sa vie ? », en kiosque le 02 juillet 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En un clic, ce service vous permettrait d’endosser la profession de chauffeur de taxi ? Non, a récemment répondu la justice française. Il n’en reste pas moins qu’Internet ouvre la voie à une dérégulation généralisée que Karl Marx avait prévue.
Qu’est-ce qui fait d’une activité une profession ? Cette question est au cœur de la décision étonnante que vient de rendre le tribunal correctionnel de Paris dans le contentieux qui oppose chauffeurs de taxi et État à la société Uber – plate-forme de mise en relation entre clients et chauffeurs professionnels de voitures de transport avec chauffeurs (VTC) ou chauffeurs sans qualification (Uber Pop). Fondée en Californie en 2009, valorisée à 41 milliards de dollars, en service dans plus de 290 villes, la bien nommée société Uber (über signifie « supérieur » en allemand) a connu un succès foudroyant en introduisant la dérégulation la plus sauvage dans une profession qui reste très codifiée. En France, le nombre de chauffeurs et d’heures de travail demeure limité, l’achat d’une licence à un ancien chauffeur avoisine souvent les 300 000 euros, le Certificat de capacité professionnelle est une vraie épreuve, et les pourcentages reversés aux sociétés de taxi sont importants.