L'oeil et l'esprit

Un cri dans le marbre

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Cet article est issu du numéro 22 de Philosophie magazine « 22 - septembre 2008 », en kiosque le 22 août 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En confrontant la statue du Laocoon à un passage de l’Énéide de Virgile, Gotthold Lessing montre que les arts ont chacun leur sphère d’expression et que la sculpture ne cherche pas à traduire des idées abstraites mais à atteindre le beau.

Quelle ne dut pas être la surprise du Romain qui, en 1506, déterre le groupe antique du Laocoon ! Ce qu’il voit surgir est un cri de douleur fixé dans la pierre. La statue représente le prêtre troyen se débattant contre deux longs serpents qui l’enserrent, lui et ses fils. Les muscles du corps sont bandés par l’effort, le torse est parsemé de bourrelets pleins comme de la dynamite, les veines saillent sous l’afflux du sang. Le bras gauche tente d’écarter le serpent qui s’empresse de mordre, tandis que le front se fronce de douleur et les lèvres laissent échapper une plainte. Le fils aîné fixe son père avec angoisse, l’autre se renverse, en proie à l’agonie.

Typique de l’époque hellénistique, le marbre est un sommet d’expressivité et de pathos. L’entrelacs des formes, les diagonales qui rythment la composition créent une harmonie, un équilibre et tempèrent la violence de la scène. Michel-Ange y a vu un « miracle de l’art » et les générations suivantes, l’emblème de l’idéal antique.

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