Décryptage

Un crime pardonné est-il un crime oublié ?

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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’affaire Polanski, trente-deux ans après les faits, révèle un conflit entre la logique du pardon et la logique de la poursuite.

Les faits

1977 : Roman Polanski, dans la foulée d’une séance photo, abuse* d’une jeune fille de 13 ans, Samantha Geimer. Le cinéaste plaide -coupable et négocie avec la famille un accord amiable que les autorités judiciaires californiennes refusent d’entériner. Il passe alors quarante-deux jours en détention préventive. Libéré sous caution, il quitte les États-Unis pour échapper à son procès.

1993 : Roman Polanski conclut une nouvelle transaction avec Samantha Geimer, qui est désormais majeure. En échange de 500 000 dollars, cette dernière retire sa plainte. L’affaire pourrait être close dans son volet civil, mais le district attorney (équivalent du procureur de la République, en France) du comté de Los Angeles ne met pas fin pour autant aux poursuites pénales.

26 septembre 2009 : alors qu’il arrive à Zurich, le cinéaste est arrêté par la police fédérale en application d’un mandat d’arrêt international lancé en 2005, qui n’avait pas été exécuté jusqu’alors. La convention d’extradition conclue entre les États-Unis et la Suisse prévoit que ce sont les règles de prescription du pays d’origine qui doivent être prises en compte. Or l’article 799 du code criminel de Californie dispose que les crimes commis contre les mineurs sont imprescriptibles.

*Le concept juridique de majorité sexuelle (15 ans en France, 18 ans en Californie) implique, en droit, qu’une relation sexuelle entre un(e) majeur(e) et un(e) mineur(e) ne peut jamais être tenue pour consentie. Il s’agit toujours d’une atteinte, voire d’un viol.

 

Ils ont dit

« Ce n’est pas une bonne administration de la justice que de se prononcer trente-deux ans après les faits alors que l’intéressé a aujourd’hui 76 ans. »

Nicolas Sarkozy (Le Figaro, 16 octobre)
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