La question éthique

Peut-on pardonner l’impardonnable ?

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Peut-on pardonner l’impardonnable ?

Le pape François, le 1er février au Vatican, à Rome (Italie). © Alessia Giuliani/Catholic Press Photo/Hans Lucas via AFP

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Durant une vidéoconférence réunissant des jeunes Ukrainiens du monde entier début février, le pape François a incité à refuser la guerre et à « pardonner ». Mais est-il possible de pardonner ce qui apparaît impardonnable, à savoir l’agression meurtrière d’envahisseurs ? Éléments de réponses avec Jankélévitch, Derrida et Arendt. 


 

La question est épineuse, presque dérangeante, et fait débat aussi bien d’un point de vue philosophique que politique. Le pape François la réactive en exhortant, tel un impératif, la jeunesse ukrainienne à pardonner l’invasion de la Russie en février 2022 et les crimes de guerre commis. L’injonction à pardonner porte en elle une contradiction. Elle est en effet rendue caduque face à une situation perçue comme impardonnable. D’un point de vue moral, la question semble inepte. Mais des penseurs comme Vladimir Jankélévitch, Jacques Derrida et Hannah Arendt se la sont tout de même posé, et ont des réponses différentes.

Ce qu’en dit la morale religieuse 

A fortiori de la part du pape François, le pardon est indissociable d’une portée religieuse, ici catholique. Selon les racines latines, per et donare, le pardon signifie « donner complètement », jusqu’au bout, et faire grâce. Le pardon est un don, don de soi vers autrui, qui vous a injustement blessé. La morale chrétienne élève le pardon au rang d’obligation, sous peine de ne pas être soi-même pardonné. « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses », peut-on lire dans l’Évangile selon Matthieu. Le chrétien pardonne à autrui pour obtenir le pardon de Dieu. L’exigence de pardon est saine car elle évite la vengeance et va au-delà. Toutefois, en présence de ce qui apparaît aux yeux de la plupart comme impardonnable, que faire ? La doctrine chrétienne, elle, ne retient traditionnellement qu’un péché impardonnable : le blasphème contre le Saint-Esprit et le rejet de Jésus-Christ. Mais face à la guerre par exemple, l’exigence de paix et la nécessité du pardon prévalent pour les chrétiens. Pour autant, est-ce une position tenable ? Est-il seulement entendable pour un peuple meurtri par l’agression, l’extermination ou la colonisation, de se voir imposer une obligation de pardon envers ceux qui leur ont fait subir sévices et déshumanisation ? Ou encore, au sens large, des cas plus personnels d’« impardonnable » que peuvent être le viol, l’agression, l’inceste… ?

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