Guerre / Ukraine
Après Kherson, la Crimée ?
Ukraine, le 9 novembre 2022. Pendant un entraînement militaire, un soldat des forces armées ukrainiennes se prépare pour la contre-offensive visant à reprendre la ville de Kherson. © Ashley Chan/SOPA Images via ZUMA Press Wire/Maxppp
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Cet article est issu du numéro 165 de Philosophie magazine « La question woke », en kiosque le 01 décembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Après la reprise de Kherson à la mi-novembre, l’armée ukrainienne se rapproche de la Crimée annexée. La péninsule servira-t-elle de monnaie d’échange entre l’Ukraine et la Russie ? Ou provoquera-t-elle une montée aux extrêmes ?
La reprise de Kherson par l’armée ukrainienne a soulevé un espoir : la perspective de la paix après neuf mois de conflit. Volodymyr Zelensky a affirmé que cette victoire marquait « le début de la fin de la guerre », tandis que Vladimir Poutine paraît plus isolé que jamais. Emmanuel Macron est prêt à jouer un rôle d’intermédiaire. L’espoir de négociations entre l’Ukraine et la Russie est-il réaliste ? Après tout, selon la célèbre formule de Carl von Clausewitz (1780-1831), la guerre « est la continuation de la politique par d’autres moyens » (De la guerre) : elle constitue une période violente, faite pour être refermée après avoir déterminé un nouveau rapport de forces. Alors que le conflit saigne les deux pays et que Moscou ne parvient pas à atteindre ses objectifs, le moment des discussions est-il proche ?
Un obstacle saute aux yeux : la Crimée, la péninsule annexée par la Russie en 2014, proche de Kherson. Fidèle à l’opinion des Ukrainiens, le président Zelensky n’a jamais caché son ambition de restaurer l’intégrité territoriale de son pays. Mais la Crimée a une autre valeur que Kherson ou Zaporijia aux yeux de Vladimir Poutine. Il a fait de son annexion, accueillie avec enthousiasme par les Russes, l’acmé de toute sa vie politique. C’est pourquoi, nous explique Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Nouveaux États indépendants à l’Institut français des relations internationales (Ifri), le scénario d’une reconquête militaire de la Crimée par l’Ukraine est « le plus problématique ». Quelle serait la réaction de la Russie ? Une réponse nucléaire « ne peut être exclue » pour défendre ce qu’elle considère comme son territoire. Comment se conduiraient les Criméens eux-mêmes, dans une région où les pro-Russes sont nombreux ? « Certains, par peur de la punition ukrainienne, fuiraient vers la Russie ». Quant aux Occidentaux, « ils auraient du mal à soutenir une reprise par la force » et cesseraient peut-être de livrer les armes qui permettraient d’y parvenir.