Un week-end à l’école de la vie
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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À Londres, le philosophe Alain de Botton s’est inspiré des écoles de sagesse antiques pour fonder une institution dispensant des cours autour des grandes questions existentielles. Compte rendu d’une séance sur l’amour, entre méfiance, curiosité amusée et recherche de l’âme sœur.
Londres a pris de plein fouet la récession et il y règne, plus que jamais, une atmosphère d’élégante brutalité. Ciel bas, pluie glaciale, c’est en frissonnant entre de petites maisons de briques brunes que, ce samedi matin, au 70, Marchmont street, quelques passants s’engouffrent dans une échoppe étrange, baptisée « L’École de la vie ». La décoration y est inclassable : deux troncs de bouleau dans un coin y forment des colonnes, des corbeaux empaillés suspendus au mur toisent le chaland, des conserves vides s’empilent sur une étagère. Dans une vitrine sont exposées des boîtes de carton contenant des livres et des gadgets, classées par thèmes, à vendre. D’actualité, la Recession Survival Box (« pack de survie face à la crise ») se compose de boules de naphtaline, d’une bouteille d’eau et d’un choix d’essais parmi lesquels Walden, de Henry David Thoreau, et Status Anxiety, d’Alain de Botton. La Therapy Box (« pack de thérapie ») mêle une œuvre de Sigmund Freud, des pastilles pour rafraîchir l’haleine et un bon pour quatre-vingt-dix minutes de psychothérapie. Mais ce matin, c’est dans une pièce aménagée au sous-sol que descend la vingtaine de visiteurs… pour assister à un cours sur l’amour.
Une oasis pour célibataires
« Je suis venu habiter à Londres avec ma petite amie il y a deux ans, explique un Canadien trentenaire parmi les participants. Mais nous nous sommes séparés. Maintenant, je suis à la recherche de choses intéressantes à faire. Je n’en peux plus de mener une vie entièrement consacrée au boulot dans cette ville pour célibataires surmenés. » Cette motivation est implicitement partagée par les autres. L’âge moyen est d’environ 37 ans, il y a une majorité de femmes dans le groupe. Les gens sont en pull et baskets, décontractés mais soignés – chacun a payé 195 livres (225 euros) pour suivre ces vingt heures de cours qui vont occuper la totalité de leur week-end… À la manière dont ils s’évaluent réciproquement, par des regards obliques, sans souffler mot – froideur british oblige –, on devine qu’ils sont tous à la recherche de l’âme sœur. Alain de Botton, l’auteur des Consolations de la philosophie et de Comment Proust peut changer votre vie, qui malgré ses manières de dandy discret est une star outre-Manche, fait partie des fondateurs cette école. Lorsque nous l’avons rencontré, en marge des cours, il était très conscient de ce désir d’échapper à la solitude qui obsède les Londoniens : « Nous avons besoin d’un lieu qui puisse fonctionner comme une sorte de communauté. Ici, en Angleterre, on n’adresse jamais la parole à des inconnus. Le comportement extraverti des dragueurs qui vous abordent dans les bars à Paris est inimaginable chez nous. Les gens ont besoin d’un endroit où se retrouver et avoir des conversations qui les sortent un peu du cadre professionnel ou des matchs de foot… » Mais s’il a lui-même largement conçu l’école et imaginé certaines activités – il s’est par exemple improvisé cicérone pour un week-end de visite guidée à l’aéroport de Heathrow –, Alain de Botton n’y enseigne pas personnellement (voir l’entretien).