Actualité
Alain de Botton : « Nous réconcilier avec la réalité crue »
© Olivier Marbœuf pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 22 de Philosophie magazine « 22 - septembre 2008 », en kiosque le 22 août 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans ses traités et dans son théâtre, le philosophe met en évidence les émotions qui ravagent les âmes et les destins. Exacerbation ou répression, son but est de toujours les maîtriser.
Pour Sénèque, être philosophe signifie être capable d’affronter les tragédies et les frustrations de la vie sans céder à la colère, l’amertume ou l’hystérie. Cette conception pratique de la philosophie explique pourquoi ses écrits continuent de nous inspirer et de nous remettre en question par-delà les siècles. D’ailleurs, quand, de nos jours, on entend dire qu’il faut savoir prendre les choses « avec philosophie », soit avec calme, on se rapporte à une vision de la philosophie qui a justement son origine chez Sénèque. Pour le philosophe romain, qui a vécu le tremblement de terre de Pompéi, l’incendie de Rome et la tyrannie de Néron, en quoi la philosophie peut-elle nous aider si ce n’est à accepter nos frustrations et la contradiction de nos désirs avec l’inflexible réalité ? La sagesse, pour autant que nous puissions l’atteindre, consiste à ne pas empirer une situation déjà fâcheuse en y ajoutant nos réactions négatives, nos accès de rage, d’apitoiement, d’angoisse, d’amertume ou de paranoïa. En un mot, être sage, c’est savoir rester stoïque. Et l’idée qui traverse toute l’œuvre de Sénèque, c’est que nous supportons mieux les frustrations auxquelles nous nous sommes préparés et sommes d’autant plus blessés par celles que nous attendions le moins. Une bonne philosophie doit, selon lui, nous réconcilier avec la réalité crue et nous épargner, si ce n’est la frustration elle-même, du moins le cortège des émotions pernicieuses qui l’accompagnent. Sa tâche est de préparer nos désirs à un atterrissage le plus doux possible sur le dur tarmac de la réalité.