Biographie

Sénèque. Le directeur des consciences

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Sénèque. Le directeur des consciences

© Olivier Marbœuf pour PM

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Cet article est issu du numéro 22 de Philosophie magazine « 22 - septembre 2008 », en kiosque le 22 août 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Philosophe, dramaturge et homme d'État romain, Sénèque devient le précepteur du futur empereur Néron. Ses détracteurs lui reprochent alors le faste de sa vie en regard de ses règles ascétiques... Il affronte pourtant la mort sereinement, en stoïcien, lorsque Néron lui ordonne de se suicider.

« Je ne me suis fait l’esclave de personne, disait Sénèque, je ne porte le nom de personne. » À part celui de son père, dit « le Rhéteur ». Sénèque est ce que l’on appellerait aujourd’hui un « esprit libre ». « Peu arrêté dans ses doctrines philoso-phiques, du reste, il excelle dans la censure des vices, il offre une multitude de pensées remarquables, beaucoup de choses à lire pour le profit des mœurs », peut-on lire dans une encyclo-pédie… de littérature. Outre le grand stoïcien impérial en bonne place entre Épictète et Marc Aurèle, Sénèque a été un dramaturge d’exception, un homme politique influent et surtout un philosophe non pas de la théorie mais de l’esprit pratique, un puissant propagateur de vérités pour l’usage, un éducateur de morale et un directeur de conscience : « le précepteur du genre humain », écrivit Diderot.

Lucius Annaeus Seneca est né à Cordoue, en Andalousie, vers l’an 4 avant J.-C. Sous la coupe d’un père féru d’histoire, de lettres et de rhétorique, il reçoit tout comme ses frères une éducation soignée. Alors que Gallion, l’aîné, le plus doué aux yeux du patriarche, se destine à devenir gouverneur (il devient d’ailleurs l’un des juges de saint Paul), Sénèque a plus d’inclination pour la philosophie. L’adolescent écoute avec enthousiasme autant les leçons du pythagoricien Sotion, qui recommande de ne pas manger de viande, que celles du stoïcien Attale, qui défend la rigueur morale. Il se passionne pour ce mode de vie austère au point d’en tomber malade, par excès de frugalité, et doit bientôt l’abandonner. Pendant près de quinze ans, jusqu’en 37 de notre ère (date à laquelle il publie la première œuvre qui nous soit parvenue, les Consolations à Marcia), les historiens perdent trace de Sénèque. Mais tout laisse croire que, dans cet intervalle, le jeune homme est devenu « philosophe ». Cela ne signifie pas qu’il a développé une pensée autonome, mais plutôt qu’il s’est imprégné des enseignements de la secte par la lecture et par un certain mode de vie. Il pouvait à ce titre donner des conseils de façon quasi professionnelle. À l’appui de ses développements, Sénèque puise son bien dans le stoïcisme mais aussi dans l’épicurisme. Il ne cherche alors à résoudre aucun problème métaphysique ; seules la morale et son efficacité dans la vie quotidienne l’intéressent. On soupçonne également la composition à cette époque d’un certain nombre de tragédies, de Médée à Phèdre, en passant par Œdipe, Agamemnon et Octavie, reproduisant ainsi, avec plus de talent encore, l’exemple paternel.

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