Cinéma
Rémi Brague : “Terrence Malick montre qu’il en coûte de suivre sa conscience”
© Iris Production
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Spécialiste de philosophie antique et médiévale, auteur d’essais sur la religion chrétienne, le philosophe Rémi Brague a vu et aimé le dernier film de Terrence Malick, Une vie cachée. Selon lui, ce film relatant l’histoire de l’objecteur de conscience autrichien Franz Jägerstätter durant la Seconde Guerre mondiale, est un grand film sur la conscience morale.
Le film de Terrence Malick (en salles le 11 décembre) vous a plu. Pourquoi ?
Rémi Brague : Les images sont magnifiques. Les dialogues sont remarquables. L’histoire adaptée de la vie de Franz Jägerstätter est extraordinaire. Mais surtout, c’est un grand film sur la conscience morale. Le personnage dit à un moment : « il m’est impossible de ne pas écouter ma conscience », ce qui ne manque pas de heurter notre époque. Dire aujourd’hui : je n’écoute que ma conscience, signifie autrement : je ferai comme je l’entends, selon mon caprice et personne ne saurait me retenir. Tout oppose ces deux conceptions de la conscience.
Terrence Malick met en scène cette opposition, en se demandant si l’attitude Franz Jägerstätter relève bien de la conscience morale ou plutôt d’un forme d’égoïsme sacrificiel.
Oui, mais l’épouse de Franz Jägerstätter le délivre de cette question, du scrupule qu’il entretient à mettre en danger sa vie et sa propre famille au nom d’un idéal. Lorsque d’autres sont engagés par nos choix éthiques, ils doivent être consentants. Après la guerre, dans ce pays mal dénazifié que fut l’Autriche, où le désagréable et patient examen de conscience, auquel s’est efforcé la République fédérale d’Allemagne, n’a pas eu lieu, Jägerstätter a continué d’être un sujet d’opprobre. Le film de Terrence Malick montre qu’il en coûte de suivre sa conscience.