Cinéma

“Une bataille après l’autre”, de Paul Thomas Anderson : le délire de la guerre civile

Temps de lecture : 2 min

“Une bataille après l’autre”, de Paul Thomas Anderson :  le délire de la guerre civile

Leonardo DiCaprio incarne Bob Ferguson, un révolutionnaire défoncé obligé de sortir de sa retraite pour sauver sa fille.© Warner Bros. Pictures

Une bataille après l'autre, le nouveau long métrage de Paul Thomas Anderson en salles depuis mercredi, renoue avec la veine paranoïaque des grands films de conspiration hollywoodiens des années 1970. Signe des temps ? Ariane Nicolas a gardé les yeux grands ouverts pour vous présenter ce film.


Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !

« Ce film aurait difficilement pu mieux tomber. Librement adapté du roman Vineland, de Thomas Pynchon, le nouvel opus de Paul Thomas Anderson est une dystopie grinçante, située dans une Amérique fasciste gouvernée par des suprémacistes blancs – tiens, tiens. Un petit groupe de rebelles promigrants emmené par Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor) et Bob Ferguson (Leonardo DiCaprio), couple téméraire et libidineux, est démantelé par le pouvoir fasciste. Seize ans plus tard, on retrouve le même Bob, affalé sur son canapé, la barbe hirsute et un joint à la main. Perfidia s’est évaporée, remplacée par un vieux peignoir à carreaux. La rébellion semble loin de lui, jusqu’au jour où leur fille Willa est enlevée sur ordre d’un colonel diabolique (Sean Penn). Car Willa, en plus d’être une fille de résistants célèbres, est aussi métisse – ce qui la rend doublement suspecte… Au combat politique de Bob contre un pouvoir raciste se mêle une bataille intime, celle d’un père qui tente de sauver sa fille. Dans Une bataille après l’autre, la satire vire néanmoins à la farce. Ce père ringard, surexcité, fâché avec les wokes, évoque un grotesque Superman en robe de chambre, guidé dans sa cavale antigouvernementale par un prof d’arts martiaux (Benicio del Toro) lui-même en surchauffe. La guerre civile qui mine le pays est du même tonneau : sorte de méchant bordel généralisé, psychédélique, où tout le monde a l’air fou. Dans les années 1970, Alan J. Pakula avait réalisé la “Trilogie paranoïaque”, avec Klute, À cause d’un assassinat et Les Hommes du président. L’histoire des États-Unis était vue comme une vaste conspiration, qu’un personnage isolé devait mettre au jour. Le film de Paul Thomas Anderson s’inscrit dans une lignée similaire, que l’on pourrait nommer la “trilogie du délire”. Il sort en effet au cinéma quelques mois après Eddington, d’Ari Aster, et Civil War, d’Alex Garland, deux autres films mettant en scène une guerre civile américaine sur le modèle d’un cauchemar grotesque devenant réalité. Mais n’est-ce pas, en un sens, le propre de toute guerre civile que de voir la société entière déraisonner ? »

➤ Une bataille après l’autre, film de Paul Thomas Anderson (2h42). Avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Teyana Taylor… Sortie le 24 septembre.