Vanuatu. Cultes du cargo
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Et les dieux dispenseront leurs bienfaits… par avion. Loin d’être naïfs, ces mouvements messianiques sont aussi politiques.
Sur tous les continents, la colonisation – et sa digestion par les cultures locales – a produit des mouvements messianiques dont les plus impressionnants et les plus mystérieux sont sans doute les cultes du cargo qui, nés au XIXe siècle en Mélanésie, ont connu leur essor après la Seconde Guerre mondiale.
On dit qu’impressionnés par la richesse des Blancs en objets manufacturés, les Papous – notamment les habitants de l’archipel du Vanuatu, qu’on appelait alors Nouvelles-Hébrides – ont institué ces cultes pour infléchir la volonté des dieux. Ils ont construit de fausses pistes d’atterrissage et y ont dressé d’immenses avions fétiches en bois de bambou. Et c’est là que les fidèles attendaient l’avion-cargo que les dieux finiraient bien par leur expédier – cet avion qui déverserait sans compter les biens matériels que les Blancs avaient détournés à leur profit. Quelquefois, ces cultes étaient précédés de scènes publiques de destruction des récoltes ou d’incendie des villages, comme pour provoquer la pitié des divinités toutes-puissantes.