Cinéma
“Venez voir” : ce que le film doit à Peter Sloterdijk
Itsaso Arana et Vito Sanz dans “Venez voir” (Jonás Trueba, 2022). © Losilusos Films
Cet article est réservé aux abonnés.
Le philosophe Peter Sloterdijk hante le film gracieux de l’Espagnol Jonás Trueba, Venez voir (en salles actuellement), qui met en scène les errements de quatre trentenaires dans leur vie imparfaite, cherchant dans un livre du philosophe, Tu dois changer ta vie, la sève d’un programme existentiel.
Si la philosophie s’est parfois intéressée au cinéma (avec Cavell, Deleuze, Rancière ou Žižek…), si des cinéastes ont puisé dans la philosophie les ressources de leurs images (Godard, Buñuel, Resnais, Allen, Desplechin…), peu de films font place à des textes de penseurs en leur cœur, à la manière d’Éric Rohmer dans Ma nuit chez Maud où Jean-Louis Trintignant et Antoine Vitez devisent longuement sur le fameux pari pascalien.
Ce n’est peut-être pas un hasard si le cinéaste espagnol Jonás Trueba, déjà remarqué en 2020 avec Eva en août, revendique dans son nouveau film, Venez voir, un héritage rohmérien, palpable dans la forme épurée de son récit et dans l’attention qu’il porte à la matière d’un texte philosophique qui serait une clé (d’entrée autant que de sortie) du film : en l’occurrence, ici, le livre du philosophe allemand Peter Sloterdijk, Tu dois changer ta vie (trad. par O. Mannoni, Libella-Maren Sell, 2011).