Revue de presse
Vivre sans Dieu
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Cet article est issu du numéro 24 de Philosophie magazine « 24 - novembre 2008 », en kiosque le 30 octobre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Dans son admirable discours prononcé à Harvard en 1837, “The American Scholar”, Ralph Waldo Emerson prédisait qu’un jour viendrait où l’Amérique en aurait terminé avec ce qu’il baptisait “notre long apprentissage dans l’étude des autres contrées”. Sa prophétie est devenue vraie au XXe siècle, et nulle part mieux qu’en science. Emerson en aurait été satisfait, lui qui dans sa liste de héros incluait aussi bien Copernic que Galilée et Newton, au même rang que Socrate, Jésus et Swedenborg. Mais je crois que ses sentiments auraient été plus mélangés à propos de l’une des conséquences de l’avancement des sciences, celle qui a conduit à un affaiblissement des croyances religieuses. Je ne prétends pas démontrer que le déclin des religions est une bonne chose (bien que je le pense). […] Je ne prétends pas plus qu’il est aisé de vivre sans Dieu et que la science est tout ce dont vous avez besoin. Bien que pour un physicien, c’est tout de même une joie immense de faire coller la beauté des mathématiques à la description du monde réel. […] Mais la vision proposée par la science est plutôt effrayante : non seulement nous sommes amenés à découvrir qu’il n’y a pas de bases objectives à nos principes moraux […] ; mais en plus nous apprenons que les émotions que nous chérissons le plus, l’amour que nous portons à notre épouse, à notre mari, à nos enfants, sont le fruit de processus chimiques au cœur du cerveau, processus qui sont eux-mêmes le résultat […] de la sélection naturelle et du hasard. Alors que faire ? S’il y a bien quelque chose qui aide, c’est l’humour, qualité peu abondante chez Emerson. […] Vivre sans Dieu n’est pas chose facile. Mais cette difficulté comporte une consolation : il y a un certain honneur, à tout le moins une satisfaction sardonique, à faire face à notre condition sans verser dans le désespoir, avec bonne humeur, mais sans Dieu. »