Théâtre
Wajdi Mouawad : « Je n’ai aucune mémoire de moi »
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Cet article est issu du numéro 19 de Philosophie magazine « 19 - mai 2008 », en kiosque le 24 avril 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Étoile montante du théâtre contemporain, le dramaturge québécois poursuit en solitaire la quête de son identité.
À 40 ans, Wajdi Mouawad est déjà l’auteur d’une quinzaine de pièces, dont Littoral, Incendies et Forêts qui ont marqué les esprits. Né au Liban, fuyant la guerre à Paris et à Montréal, il met en scène ses fresques dantesques où les personnages affrontent l’héritage familial, pris dans le déluge des histoires et de l’Histoire. « Qui sommes-nous ? » « Qui croyons-nous être ? » : ces questions ouvrent et referment Seuls, son nouveau spectacle, un solo, à l’affiche du Festival d’Avignon. Il s’expose pour la première fois, en incarnant Harwan, un thésard qui, face à son père et à un tableau de Rembrandt, renoue avec la vie et son moi profond.
Philosophie magazine : Vos dernières pièces ont été créées pour et avec une troupe d’acteurs français et québécois. Pourquoi soudain écrire pour jouer vous-même ?
Wajdi Mouawad : Seuls est lié à ma langue maternelle [la pièce est écrite en français, Ndlr]. L’arabe s’est évanoui en moi. Je ne le parle plus depuis vingt-cinq ans, et c’est la première fois que je me pose la question. J’ai pris conscience qu’il me manque et beaucoup d’éléments font qu’il revient aujourd’hui. Le solo s’est imposé comme une évidence. Il me fallait travailler seul, je ne voulais pas être dans un rapport d’écriture avec un autre comédien. Je ne pouvais pas diriger quelqu’un d’autre, lui expliquer ce que je sentais à l’intérieur, lui demander de faire semblant.