Eurêka ! La naissance des concepts

Walden Bello: “J’ai voulu cracher aux visages des économistes et technocrates”

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Cet article est issu du numéro 60 de Philosophie magazine « 60 - juin 2012 », en kiosque le 28 juin 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Souvent les nouvelles théories naissent en une fraction de seconde. C’est ce qui est arrivé, dit la légende, à Archimède avec son fameux « Eurêka ! » (« J’ai trouvé ! »). Mais c’est aussi ce qu’ont vécu, d’une façon ou d’une autre, les grands philosophes de notre temps que nous avons interrogés. Ils reviennent pour nous sur la mystérieuse origine de leur concept-clé. L’occasion de faire un tour du monde de la pensée contemporaine. Et, qui sait, de faire naître l’Idée, la vôtre.

 


« Ce terme ne m’est pas venu sur le coup d’une inspiration fulgurante. Longtemps, j’ai cherché une formule pour exprimer la force du paradigme étudié par mon organisation Focus on the Global South qui, à la fin des années 1990, menait une action politique contre la Banque mondiale, le FMI et l’OMC. Ici, le militantisme me semble tout aussi décisif que la réflexion analytique. J’ai voulu cracher au visage des économistes et technocrates qui, dans leur complaisance envers une mondialisation porteuse d’avenir, traitaient de luddites [de Ned Ludd, qui aurait détruit son outil de travail au début de l’ère industrielle] et de trouble-fête ceux d’entre nous qui contestaient ce courant prétendument irréversible. Le terme de “démondialisation” s’entendait comme une provocation, un camouflet dans la joute intellectuelle et politique qui nous opposait aux idéologues du néolibéralisme et du grand capital. Autant qu’un concept analytique, c’était un cri de guerre, une arme rhétorique visant à désarçonner les apologues du marché, à les faire sortir de leurs gonds. Ce terme est donc issu d’un affrontement politique. Au cœur d’une bataille largement répercutée par les médias, il a permis de faire entendre un message puissant : dans la lutte politique, un cri de ralliement est bien plus efficace qu’un grand discours. Avant même les manifestations de Seattle, je parlais déjà de démondialisation. Je me souviens avoir dégainé ce mot à l’occasion des débats qui ont marqué l’assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale à Prague, en septembre 2000, pour déstabiliser mes adversaires James Wolfensohn, alors président de la Banque mondiale, Horst Köhler, alors directeur général du FMI, et George Soros. Dans la grande mobilisation anti-G8 de juin 2001, ce terme s’est imposé comme une alternative à la mondialisation capitaliste. »

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