Zar
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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
À la fois esprit, rituel et concept, ce mot dessine les contours d’un « étranger » radicalement autre.
Les concepts peuvent se révéler animés, doués d’autonomie et d’intentionnalité. Zar, qui désigne en langue amharique (parlée notamment en Éthiopie) les esprits invisibles, est de ceux-là. Je pense à une expression étrange proférée par les vieilles femmes en Égypte lorsqu’elles versaient, encore bouillante, l’huile de friture dans l’évier : « Attention, propriétaires du sol ! » Et si vous leur demandiez qui elles voulaient avertir ainsi du danger, elles ne vous répondaient pas. Bien sûr, il s’agissait des ‘Afrit, les « diables », les invisibles qui vivent sous nos pas. Les êtres résident dans le rituel, pas dans leur explication objective. Quand l’un de ces esprits s’était emparé d’une femme, on parlait plutôt d’un guen (un djinn en arabe égyptien). « Le guen lui a chamboulé la tête », disait-on alors. Et si l’on voulait soigner la femme affligée par son guen, on organisait une séance de zar là-haut, sur la terrasse, où les femmes se retrouvaient pour faire la lessive et échanger. Dans la langue de tous les jours, ‘afrit était l’invisible non identifié. Il devenait guen lorsqu’on lui attribuait la souffrance d’un humain et zar lorsqu’on parvenait à le maîtriser, à le faire danser et parfois même parler au sein d’un rituel.