Bac philo 2013
Corrigés du bac philo - filière générale : explication de l’extrait de “La Pensée et le Mouvant”, de Henri Bergson
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Avertissement : il ne s’agit ici que de pistes de réflexion et non d’une copie type nécessairement attendue par vos correcteurs. D’autres approches, d’autres thèses et arguments sont possibles.
« Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : “la chaleur dilate les corps”. De quoi pourrait- elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation “cette barre de fer se dilate” est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien. »
Henri Bergson, La Pensée et le Mouvant, 1934
Remarque générale
Texte sur l’une des définitions classiques de la vérité et sa critique par Bergson. La difficulté tient à la rigueur de lecture exigée par ce texte si l’on veut bien le comprendre, avant même de se lancer dans l’explication. Bergson prend ici une position critique très radicale : il est dans la réfutation. Mais s’il refuse une certaine conception de la vérité, il n’en propose pas une pour autant.
Pour expliquer ce texte, il était aussi requis de pouvoir dire en quoi consiste le langage et rappeler que les mots renvoient à des catégories générales de la pensée (concepts).
Introduction
Ce texte traite du problème de la nature et de la définition de la vérité. Il critique sévèrement une conception du vrai qui assimile celui-ci à la relation de ressemblance existant entre la copie et son modèle, la copie étant ici le jugement et le modèle, la réalité. Dans la première partie, l’auteur pose la thèse qu’il va critiquer. Elle suppose que la vérité est réductible au jugement et que l’affirmation vraie est celle qui ressemble à la réalité qu’elle désigne. Le second moment remet en cause cette définition du vrai en distinguant nettement la généralité de nos affirmations de la nature toujours singulière de la réalité. Enfin, Bergson utilise l’exemple d’une loi physique pour mettre en valeur cette distinction entre l’affirmation et la réalité. Il admet que l’on puisse, dans certains cas et par métaphore, évoquer la relation de ressemblance entre la copie et son modèle pour parler du rapport entre une vérité particulière et la réalité. Mais, pour ce qui est des vérités universelles, il conteste que la vérité soit copie ou reproduction.