“Aloïse, le rayonnement sublime” : portrait d’une artiste qui déborde des cadres

Une recension de Cédric Enjalbert, publié le

D’immenses yeux bleus sans pupilles trouent les visages de ses personnages, comme des miroirs et comme des gouffres. Les motifs éclatants de ces figures oniriques retiennent le regardeur. Aloïse Corbaz les a réalisées à l’asile de la Rosière, en Suisse, de 1920 jusqu’à sa mort, en 1964. Ces œuvres, aujourd’hui célèbres, auraient pu ne jamais nous parvenir si des médecins attentifs n’avaient su décentrer leur regard. 

Une “fleur morte” se dégageant de la “boue noire”

L’historien de l’art Michel Thévoz, cofondateur avec Jean Dubuffet de la Collection de l’art brut à Lausanne, raconte cette histoire subversive dans ce petit volume illustré : celle d’une femme diagnostiquée schizophrène, réduite au silence de l’enfermement et qui bouscule les mondes de l’art et de la psychiatrie par ses créations. « Tout bien considéré, écrit l’auteur, ce n’est pas Aloïse qui a pris congé de la réalité, ce serait plutôt l’inverse. À l’époque de son internement, aggravé par sa relégation à la dépendance de la Rosière, tout lui a été retiré, ses liens familiaux, sa vie amoureuse, sa carrière professionnelle, le respect de soi […]. Aloïse se considère comme “une fleur morte”. Mais elle ne tarde pas à réagir, à se dégager de la “boue noire”, à nier ce monde qui la nie. »

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