Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Comment ranime-t-on la flamme après une relation de trente ans ? Entre Frédéric Worms et Henri Bergson, elle ne s’est jamais éteinte, mais cela n’empêche pas de reprendre un peu d’élan, vital ou non – pour parler en termes d’évolution créatrice. La découverte d’un inédit de son philosophe de prédilection n’est pas donnée à tout le monde, mais Frédéric Worms a de la chance – ou est-ce la récompense des fidèles ? Certes, il ne s’agit « que » d’un aphorisme, mais de ceux qui fonctionnent comme une pièce manquante au puzzle. « Dès qu’on aime ce qu’il y a de meilleur en la vie, on devient indifférent à la mort » : allusion à la fois à un thème classique chez Bergson, la vie, et à son négatif, qu’il mentionne paradoxalement peu, la mort. De prime abord, on serait tenté de ne pas tomber à la renverse, mais Frédéric Worms a suffisamment de compagnonnage avec Bergson pour mesurer la portée de cette petite phrase, qui lui sert d’exergue de luxe pour une anthologie d’essais précédemment parus. En une vingtaine d’articles, l’auteur déploie ce qu’il appelle un « vitalisme critique », soit une philosophie qui reprend les fondamentaux bergsoniens tout en intégrant une certaine distance. L’ensemble forme une sorte de manuel philosophique et pédagogique consacré à Bergson, par thèmes (morale, durée et espace, art, esprit, écritures, etc.). Il examine la plupart des problèmes qui apparaissent au lecteur attentif des Deux Sources de la morale et de la religion ou de L’Évolution créatrice. Une fois n’est pas coutume dans ce genre d’exercice universitaire, Worms parvient à transmettre un enthousiasme de lecture qui paraît né de la surprise d’une première rencontre. Comme quoi, les vieux couples ont encore de beaux jours devant eux.
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