“Devenir écrivain”, d’Alexandre Lacroix : naissance d’une vocation

Une recension de Frédéric Manzini, publié le

Ce n’est ni un guide pratique ni un livre de recettes. Alexandre Lacroix ne prétend pas vous dévoiler quelques astuces ou vous délivrer une méthode à suivre pour vous aider à devenir à votre tour un écrivain. Il raconte en revanche comment il en est devenu un, à titre personnel, fort de la conviction que l’écriture relève d’abord et avant tout d’un engagement singulier qui convoque la liberté dans sa dimension la plus existentielle. « Écrire, ce n’est pas simplement combiner des mots, explique-t-il dans la préface, c’est s’engager dans une aventure humaine totale. C’est pourquoi j’ai choisi le genre du roman d’apprentissage. » Dans cette tranche d’autobiographie, nous suivons donc un jeune homme au sortir de l’adolescence, de ses études de mathématiques à la fac de Paris-Tolbiac à ses années Sciences-Po, en passant par des études de philosophie. Sait-il alors qu’il va devenir l’auteur qu’on connaît, avec une vingtaine d’ouvrages parus à ce jour ? Pas nécessairement, mais il aime déjà passionnément lire et porte en lui les thèmes récurrents dans son œuvre : le suicide de son père (qui se rêvait lui-même écrivain), l’exploration de la sexualité et de l’amour, l’étrangeté des destins individuels, la beauté des choses. Un récit incarné, très incarné même, qui raconte comment sa vocation se construit à travers un certain nombre d’occasions et de belles rencontres avec des personnages hauts en couleur qu’il se plaît à croquer, comme son joyeux et fantasque ami Gabriel, la fascinante spinoziste Marion, Jean-François Kervéan, le critique littéraire qui lui prodigue de premiers conseils, ou encore l’éditrice Claude Dalla Torre avec sa franchise aussi abrupte que saine. Des rencontres qui ne sont pas toujours le fruit du hasard, puisque, au cours de ces années, il les provoque en fréquentant assidûment les cafés et les soirées, et qui lui permettent progressivement de se trouver. Alexandre Lacroix a donc été à la recherche de la vie avant d’avoir trouvé l’écriture, mais c’est aussi en ayant trouvé l’écriture qu’il a retrouvé la vie.

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