“Essais impopulaires”, de Bertrand Russell : l’appel de la raison

Une recension de Octave Larmagnac-Matheron, publié le

Logicien soucieux de clarté, Bertrand Russell n’est pas du genre à noyer le poisson. L’objectif de cette série d’essais polémiques, publiés pour la première fois en anglais en 1921 et traduits pour la première fois en français, est donné d’emblée : « combattre la poussée du dogmatisme ». À un siècle d’écart, le propos semble n’avoir rien perdu de son actualité. Le style non plus, souvent tranchant et ironique, sans fioritures alambiquées. « L’homme est un animal rationnel, c’est du moins ce qu’on m’a dit. Tout au long d’une longue vie, j’ai recherché assidûment une preuve qui corrobore cette affirmation, mais […] je n’ai pas eu la chance de tomber dessus. […] Au contraire, j’ai vu en permanence le monde sombrer dans la folie. » La victoire de la raison sur l’obscurantisme n’est pas inéluctable, pas plus qu’elle n’est définitive. C’est une lutte de tous les instants contre les tendances naturelles de l’humain. « L’homme est un animal crédule […]. La peur est la source principale de la superstition et l’une des sources principales de la cruauté. » La violence est là, en germe, dans ce refus d’en démordre qui coupe court à la discussion. « La majorité des plus grands maux [a] pour origine des individus qui se sentent parfaitement certains d’une chose qui, en fait, est fausse. » Russell plaide au contraire pour une « posture libérale » où, « au lieu d’être exprimées de façon dogmatique », les opinions « le sont avec circonspection ». Cet horizon est difficile à atteindre. Russell en était bien conscient. Mais, plutôt que de s’enfermer dans sa tour d’ivoire, le « Voltaire anglais » fit le choix de s’engager dans le débat public au risque de déplaire. Un exemple à suivre ?

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