Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Il en est aujourd’hui de la virilité ce qu’il en est du temps selon Augustin : « Si on ne me demande pas ce qu’est le temps, je le sais ; si on me demande de l’expliquer, je ne le sais plus. » Car la virilité, tout impalpable qu’elle soit (voire…), est « en crise ». Dès lors, publier en trois tomes une monumentale Histoire de la virilité est bien en soi un signe du temps !
Mais de quoi est-il question ? Depuis les travaux sur la redéfinition des identités sexuelles et des genres, on aurait plutôt attendu une « Histoire des hommes » ou « du masculin » au miroir de l’émancipation des femmes. Préférer « la virilité » au « masculin », en évitant cette confrontation, déplace astucieusement le sujet. Car la virilité au fond, depuis l’Antiquité, est l’affaire des hommes entre eux, où les femmes n’apparaissent qu’en creux. Central en revanche dans cette histoire, l’organe de la virilité : le pénis, et même le « crépuscule du pénis » au XXIe siècle, est largement exploré dans ces trois volumes, mesuré et décrit, avec les fantasmes afférents. Avec la virilité, il s’agit de valeurs et de représentations : vigueur reproductive, tant sociale que sexuelle, aptitude au combat et maîtrise de soi, la virilité est « un idéal de puissance et de vertu », un idéal de perfection, à la fois privilège et charge des hommes. Lourde charge : « Tout concourt, écrivait Pierre Bourdieu, à faire de l’idéal de l’impossible virilité le principe d’une immense vulnérabilité. »
C’est sur le fond de cette vulnérabilité que l’histoire est passionnante. Stéphane Audoin-Rouzeau, historien de la Grande Guerre, trace ainsi subtilement ce paradoxe : l’écrasement de la virilité qu’a représenté la Première Guerre mondiale (première guerre livrée couché dans la boue, dont les corps sont revenus mutilés, réduits à l’état de viande sur un étal de boucherie) a fêlé le modèle militaro-viril mais s’est aussi accompagné d’un réarmement du mythe, notamment dans l’idéal nazi ou dans l’idéologie totalitaire soviétique, d’autant plus exacerbé que celui-ci s’était éloigné de la réalité.
Même question aujourd’hui : la survalorisation marchandisée des attributs virils comme des machines (muscles de Schwarzenegger, sexe de Rocco Siffredi…), le culte de la performance sexuelle et économique, le retour de régimes politiques musclés seraient-ils les derniers avatars de la virilité ? Plutôt que glorifier ces « balaises dans la civilisation », mieux vaudrait, ainsi que le préconise Freud, « un renoncement volontaire qu’un deuil sans fin ».
Cette toison savamment entretenue est arborée depuis quelques années par les « branchés » des grandes métropoles occidentales. Une…
On l’imagine volontiers en marcheur solitaire sur les hauteurs de Nice ou à Gênes, mais on oublie parfois que Friedrich Nietzsche a d’abord été un professeur…
Accusé d’avoir cédé au lobbying de la société Uber, Emmanuel Macron a dégainé l’arme de l’expression gaillarde – à la suite de celui qui l’a…
Il vient d’arriver chez vos libraires ! Notre livre Le Sens de la tech, tome 2, dirigé par Anne-Sophie Moreau, propose des dialogues inédits entre…
« Je suis un malade mental », a déclaré le journaliste Nicolas Demorand après avoir révélé sa bipolarité dans un récit autobiographique qui vient de…
Lumières et anti-Lumières en Iran, l’enquête historique et intellectuelle de la philosophe Stéphanie Roza et du politiste Amirpasha Tavakkoli, parcourt les…
L’écriture ? « Nous aurions pu nous en passer », affirme, provocatrice, la philologue italienne Silvia Ferrara. Si elle n’est dictée ni par la…
Il y eut d’abord Hérodote, qui conçoit l’histoire comme une enquête sur le passé menée auprès des témoins. Puis vint Thucydide. Avec lui, l’heure n’est plus à raconter des histoires ; il s’agit désormais d’écrire l’histoire au présent…