“J’en fais toute une histoire”, de Nora Ephron : le sérieux des choses légères

Une recension de Arthur Dreyfus, publié le

Il y a les livres fins, spirituels, amusants, et il y a les livres formidables. Ceux qu’on a envie d’offrir à tous ses amis, qui s’y reconnaîtront tous. Lancé comme un stand-up, le projet de J’en fais toute une histoire est simple : recenser les rêves, les contradictions, le présent et le passé d’une New-Yorkaise de 60 ans au début du XXIe siècle. Tous les sujets qu’on imagine y passent : la chirurgie esthétique (ou pas), les sacs à main, les ados odieux, les régimes inutiles. Mais Ephron montre qu’avec du talent, et son art du récit inouï, rien ne s’épuise. Si la subtilité avait cours au prix de l’or, ce texte vaudrait une fortune. Et si rire était un péché, il serait mis à l’index. Ne sous-estimez pas, en effet, « la tension qu’une personne peut créer dans une maison en servant des nems qu’elle a mis des heures à préparer, et qui sont loin d’être aussi bons que ceux d’un restaurant chinois ». Rappelez-vous que « les [petits] sacs de soirée, pour des raisons que seul un marxiste peut comprendre, coûtent encore plus cher que les sacs ordinaires ». Et méfiez-vous de ce jour où vous croirez « avoir fait le tour des soins de beauté », car à tout instant « un nouveau peut surgir de nulle part ». C’est léger, mais jamais superficiel. À l’instar de cette couleur « qui ne va avec rien et va donc, à un niveau plus profond, avec tout », ou de cet adage digne de Cioran – s’il avait connu Sex and the City : « Je me dis parfois que de ne plus devoir se soucier de ses cheveux est l’avantage secret de la mort. »

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