La réputation

Une recension de Catherine Portevin, publié le

Nous avons deux ego, affirme d’emblée Gloria Origgi : l’un forgé par notre subjectivité, constituée de nos expériences et de nos sensations, l’autre par notre réputation. Ce moi social n’est pas ce que les autres voient de nous mais bien « ce que nous croyons que les autres pensent de nous », et il vient en retour s’incorporer à notre subjectivité dans un jeu infini de miroirs réfractés. Pour la philosophe, la réputation n’a donc rien d’une pure façade qui serait à opposer à une authenticité du sujet, ce n’est pas un paraître contre un être : la réputation est constitutive du sujet dans son rapport au monde. On la croyait destituée depuis l’effacement des sociétés aristocratiques, elle revient en force, notamment par les codes propres aux réseaux sociaux numériques, comme un solide moteur d’action, de formation des goûts et même des connaissances. En décortiquant par exemple le fonctionnement du Web, Gloria Origgi le décrit, non pas tant comme un grand stock d’informations, que comme un réseau de systèmes de sélection et classement, souvent inaperçu comme tel et fondé sur la collecte à grande échelle des préférences individuelles, donc sur la réputation. L’hypothèse de ce livre, qui fourmille d’idées et d’exemples autant qu’il est dense en justifications méthodologiques, est d’interroger les logiques de « sagesse des foules » comme une paradoxale passion de la hiérarchisation.

 

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