Biographie

Épicure ou la mauvaise réputation

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Épicure ou la mauvaise réputation

© Marion Rousset pour PM

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Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Ne songe qu’au plaisir. Voir : sensuel, voluptueux. » Parmi les définitions du mot « épicurien », le dictionnaire livre celle-ci. Survivance lexicale des calomnies dont Épicure fut longtemps la cible. Au fil des siècles, l’injure est devenue un joyeux contresens en même temps qu’elle passait dans le langage courant, si bien qu’on a tendance aujourd’hui à oublier combien le philosophe a été critiqué, y compris de son vivant. Celui que ses pairs accusent de libertinage et de goinfrerie est pourtant un homme au mode de vie ascétique qui souffre de gravelle (un petit calcul rénal) et d’hydropisie (un épanchement dans l’abdomen). De ses nombreux écrits, il ne reste que trois lettres, quelques maximes et des fragments conservés par Diogène Laërce, qui attestent d’une pensée personnelle à part des courants dominants de son époque. Entrant en résonance avec sa biographie, la philosophie du corps qu’il élabore nie toute éternité de l’âme pour se mettre au service du bien-être physique.

Épicure, en grec Epikouros, naît en 341 avant J.-C. sous les bons auspices d’un prénom qui signifie « celui qui secourt ». Six ans après la mort de Platon et dix-neuf ans avant celle d’Aristote, il aurait vu le jour à Athènes ou à Samos, dans un milieu modeste. Il grandit dans cette seconde ville, peuplée de colons athéniens, à l’écart du creuset culturel que constituait la cité impériale. Son père est instituteur et sa mère récite des prières rituelles. Ces -séances de purification, auxquelles la tradition veut qu’il ait assisté enfant, sont peut-être à l’origine de sa méfiance ultérieure envers les superstitions et autres explications divines. Le jeune Épicure vit donc dans les marges géographique, culturelle et sociale de la Grèce antique, au sein d’une fratrie de quatre garçons.

Il semble qu’il ait d’abord reçu l’enseignement du platonicien Pamphile. Ce serait par mépris pour ses professeurs de Lettres, incapables de lui expliquer la signification du chaos chez le poète Hésiode, qu’il serait venu à la philosophie. D’autres affirment que c’est la lecture de Démocrite qui l’y aurait éveillé. Il suit d’ailleurs les cours d’un disciple de l’atomiste Nausiphane, qui enseigne à Téos, près de Colophon où sont réfugiés ses parents, Néoclès et Chérestrate, chassés de l’île de Samos en 322 avant J.-C. Épicure les y aurait rejoints après un passage à Athènes, où il exécute ses devoirs militaires, puis à Rhodes, auprès de l’aristotélicien Praxiphane. Cet exil leur a été imposé par Periccas, régent pour l’Asie, qui a ordonné que les colons athéniens quittent Samos afin que les habitants bannis de leur cité pour des raisons politiques puissent s’y réinstaller. Alexandre en avait émis la volonté avant sa mort. Démocrite, qui a été, semble-t-il, le premier maître à penser du philosophe, lui inspire une vision matérialiste de l’Univers formé d’atomes qui se meuvent et se combinent au hasard des rencontres. L’âme elle-même, à l’instar de tout ce qui constitue le cosmos, est « un corps composé de particules subtiles, disséminé dans tout l’agrégat » formé par l’organisme. « Ceux qui disent que l’âme est un être incorporel parlent pour ne rien dire », écrit-il dans la Lettre à Hérodote. Cette pensée tranche avec les doctrines officielles enseignées à Athènes par les platoniciens, pour qui l’âme est immortelle quoique déchue, parce qu’elle partage l’existence du corps, et par les aristotéliciens, qui y voient le principe de la pensée et de la vie.

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